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Héritage en islam : les règles de partage (fara'id)

Les parts fixées par le Coran, qui hérite et dans quel ordre, et comment cela s'articule avec le droit français — clarifié par un opérateur funéraire musulman habilité.

Rédigé par Malik Tabet — opérateur funéraire musulman habilité (Pompes funèbres Albarzakh).
Publié le 24 juin 2026 · Contenu appuyé sur les sources citées en fin d'article.

L'héritage occupe en islam une place singulière : c'est l'un des rares domaines où les règles de partage sont fixées avec une précision chiffrée directement dans le Coran. On parle de fara'id (الفرائض), littéralement « les parts obligatoires ». Là où d'autres traditions laissent une grande liberté au défunt, l'islam attribue à chaque proche une fraction déterminée, dans un souci de justice et de protection des plus vulnérables — notamment des femmes et des enfants.

Ce guide présente les grands principes des fara'id : les parts fixes, les catégories d'héritiers, l'ordre des prélèvements sur la succession, et surtout l'articulation — souvent source de confusion — avec le droit français. Il a vocation à informer : le calcul précis d'une succession relève d'un savant qualifié et, en France, d'un notaire.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que les fara'id ?
  2. Ce que l'on prélève avant le partage
  3. Les parts fixes du Coran
  4. Qui hérite ? Les catégories d'héritiers
  5. Quelques cas concrets
  6. La part de l'homme et de la femme
  7. Fara'id et droit français
  8. Le rôle du testament (wasiyya)
  9. Erreurs fréquentes
  10. Questions fréquentes

Qu'est-ce que les fara'id ?

Les fara'id sont les parts d'héritage fixées par le Coran (principalement la sourate an-Nisa, versets 11, 12 et 176) et précisées par la Sunna. Le terme vient de farida, la « part imposée ». Le Prophète ﷺ a fortement encouragé à apprendre et enseigner cette science, soulignant son importance et le risque de la voir oubliée.

Le principe central est qu'une grande partie de la succession est répartie automatiquement, selon des fractions précises, entre des héritiers désignés. Le défunt ne peut pas modifier ces parts à sa guise : c'est ce qui distingue radicalement l'héritage islamique d'un partage discrétionnaire.

Ce que l'on prélève avant le partage

Avant que l'héritage ne soit partagé entre les héritiers, la tradition impose un ordre strict de prélèvements sur les biens du défunt :

À retenir. Les héritiers ne se partagent que ce qui reste après frais, dettes et legs. C'est pourquoi consigner ses dettes et son legs est si important : cela conditionne tout le partage. Voir notre guide Le testament en islam (wasiyya).

Les parts fixes du Coran

Le Coran définit six fractions principales attribuées aux héritiers dits « à part fixe » (ashab al-furud) : la moitié (1/2), le quart (1/4), le huitième (1/8), les deux tiers (2/3), le tiers (1/3) et le sixième (1/6). Selon les héritiers présents, ces fractions s'appliquent et se combinent.

Voici quelques attributions caractéristiques (à titre indicatif, le calcul réel dépendant de l'ensemble des héritiers présents) :

Attention. Ces chiffres ne s'additionnent pas mécaniquement : la présence ou l'absence de tel héritier modifie les parts des autres (mécanismes du ta'sib, du hajb ou « éviction », etc.). Un partage réel doit être calculé par une personne compétente.

Qui hérite ? Les catégories d'héritiers

On distingue principalement deux grandes catégories. Les héritiers à part fixe (ashab al-furud) reçoivent une fraction déterminée : conjoint, père, mère, grands-parents, filles, sœurs dans certains cas. Les héritiers « agnats » ('asaba) reçoivent ce qui reste après attribution des parts fixes — typiquement les fils, qui « absorbent » le reliquat.

Certains proches peuvent être écartés (hajb) par la présence d'héritiers plus prioritaires : par exemple, les frères du défunt n'héritent généralement pas en présence d'un fils. Cette mécanique d'éviction est l'un des aspects les plus techniques de la science des fara'id.

Quelques cas concrets

Pour rendre cela tangible, voici deux situations simplifiées (hors prélèvements préalables) :

Un homme laisse une épouse et des enfants

L'épouse reçoit 1/8. Le reste (7/8) revient aux enfants, le fils recevant une part double de celle de la fille.

Une femme laisse un époux et ses deux parents, sans enfant

L'époux reçoit 1/2, la mère et le père se partagent le reste selon des règles précises (le père en tant qu'agnat, la mère à part fixe). Le calcul exact varie et doit être validé.

Pourquoi ne pas calculer soi-même ? Les combinaisons d'héritiers créent rapidement des cas complexes (réduction proportionnelle, 'awl ; ou redistribution, radd). Une erreur de partage est une injustice envers des ayants droit : c'est pourquoi on s'adresse à un savant ou un spécialiste des fara'id.

La part de l'homme et de la femme

La règle selon laquelle, à degré égal, le fils hérite du double de la fille (an-Nisa 4:11) est souvent mal comprise. Elle s'inscrit dans un système global de responsabilités : en islam, l'homme assume des charges financières dont la femme est dispensée — la dot (mahr) versée à l'épouse, l'entretien du foyer (nafaqa), la prise en charge des proches. Le patrimoine de la femme, lui, demeure entièrement le sien, sans obligation de dépense familiale.

Par ailleurs, cette règle du double n'est pas universelle : dans plusieurs configurations, des femmes héritent autant qu'un homme, voire davantage, ou sans équivalent masculin concerné. La lecture caricaturale qui résume tout l'héritage islamique à « la moitié pour les femmes » est inexacte.

Fara'id et droit français : un point essentiel

C'est le malentendu le plus fréquent. En France, une succession est régie par le droit français, qui repose sur la réserve héréditaire : une part minimale du patrimoine revient obligatoirement aux enfants, quelle que soit la volonté du défunt. Ce mécanisme ne coïncide pas avec les parts des fara'id.

Concrètement, on ne peut pas « imposer » le partage islamique en France par simple déclaration religieuse. En revanche, il est possible, avec l'aide d'un notaire, d'organiser sa succession pour se rapprocher autant que la loi le permet de ses convictions — notamment en utilisant la quotité disponible (la part dont on peut librement disposer) et des outils comme la donation ou l'assurance-vie, dans le respect du cadre légal.

Important. Al Wasiyya ne remplace pas un testament notarié et n'est pas juridiquement opposable. Notre service documente et transmet vos volontés ; pour la dévolution effective de votre patrimoine en France, seul un notaire peut sécuriser vos choix. Pour le calcul des parts islamiques, adressez-vous à un savant qualifié.

Le rôle du testament (wasiyya)

Puisque les fara'id fixent l'essentiel du partage, à quoi sert le testament ? À encadrer ce qui n'est pas déjà attribué : le legs facultatif du tiers en faveur de non-héritiers (une œuvre, une mosquée, une sadaqa jariya), les volontés funéraires, le règlement des dettes et le message moral aux proches.

Rappelons le principe : « pas de legs en faveur d'un héritier » — on ne lègue pas par testament à quelqu'un qui hérite déjà, sauf accord des autres héritiers après le décès. Pour approfondir, consultez notre guide dédié.

En pratique. Vous pouvez consigner dès aujourd'hui, gratuitement, vos volontés funéraires, vos dettes et votre legs facultatif dans votre coffre-fort, puis sécuriser le volet patrimonial chez le notaire. Créer mon coffre-fort →

Erreurs fréquentes

Questions fréquentes

Qu'est-ce que les fara'id ?
Les parts d'héritage fixées par le Coran et la Sunna, qui attribuent à chaque héritier une fraction précise de la succession, plutôt qu'une libre répartition.
Quelle part hérite l'épouse ?
Un quart (1/4) si le couple n'a pas d'enfant, un huitième (1/8) s'il y a des enfants. En cas de plusieurs épouses, cette part est partagée entre elles.
Pourquoi le fils hérite-t-il le double de la fille ?
Parce que l'homme porte des charges financières (dot, entretien du foyer) dont la femme est dispensée, son patrimoine lui restant propre. Cette règle du double n'est d'ailleurs pas universelle selon les configurations.
Les fara'id s'appliquent-elles automatiquement en France ?
Non. Le droit français et sa réserve héréditaire s'imposent. On se rapproche de ses convictions via la quotité disponible et l'aide d'un notaire.
Que prélève-t-on avant le partage ?
Dans l'ordre : les frais funéraires, les dettes, puis le legs (dans la limite du tiers). Le reste seulement est partagé selon les fara'id.

Sources et démarche

Cet article s'appuie sur le Coran (sourate an-Nisa 4:11, 4:12 et 4:176, qui fixent les parts d'héritage) et sur les recueils de hadiths de référence (Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, notamment le hadith d'Ibn 'Abbas sur l'attribution des parts à leurs ayants droit). La science du partage (fara'id) comporte de nombreux cas particuliers ; son application relève d'un savant qualifié, et sa traduction juridique en France, d'un notaire. Ce guide est informatif et ne constitue ni une fatwa ni un conseil juridique personnalisé.

Pour aller plus loin

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