Les parts fixées par le Coran, qui hérite et dans quel ordre, et comment cela s'articule avec le droit français — clarifié par un opérateur funéraire musulman habilité.
L'héritage occupe en islam une place singulière : c'est l'un des rares domaines où les règles de partage sont fixées avec une précision chiffrée directement dans le Coran. On parle de fara'id (الفرائض), littéralement « les parts obligatoires ». Là où d'autres traditions laissent une grande liberté au défunt, l'islam attribue à chaque proche une fraction déterminée, dans un souci de justice et de protection des plus vulnérables — notamment des femmes et des enfants.
Ce guide présente les grands principes des fara'id : les parts fixes, les catégories d'héritiers, l'ordre des prélèvements sur la succession, et surtout l'articulation — souvent source de confusion — avec le droit français. Il a vocation à informer : le calcul précis d'une succession relève d'un savant qualifié et, en France, d'un notaire.
Les fara'id sont les parts d'héritage fixées par le Coran (principalement la sourate an-Nisa, versets 11, 12 et 176) et précisées par la Sunna. Le terme vient de farida, la « part imposée ». Le Prophète ﷺ a fortement encouragé à apprendre et enseigner cette science, soulignant son importance et le risque de la voir oubliée.
Le principe central est qu'une grande partie de la succession est répartie automatiquement, selon des fractions précises, entre des héritiers désignés. Le défunt ne peut pas modifier ces parts à sa guise : c'est ce qui distingue radicalement l'héritage islamique d'un partage discrétionnaire.
Avant que l'héritage ne soit partagé entre les héritiers, la tradition impose un ordre strict de prélèvements sur les biens du défunt :
Le Coran définit six fractions principales attribuées aux héritiers dits « à part fixe » (ashab al-furud) : la moitié (1/2), le quart (1/4), le huitième (1/8), les deux tiers (2/3), le tiers (1/3) et le sixième (1/6). Selon les héritiers présents, ces fractions s'appliquent et se combinent.
Voici quelques attributions caractéristiques (à titre indicatif, le calcul réel dépendant de l'ensemble des héritiers présents) :
On distingue principalement deux grandes catégories. Les héritiers à part fixe (ashab al-furud) reçoivent une fraction déterminée : conjoint, père, mère, grands-parents, filles, sœurs dans certains cas. Les héritiers « agnats » ('asaba) reçoivent ce qui reste après attribution des parts fixes — typiquement les fils, qui « absorbent » le reliquat.
Certains proches peuvent être écartés (hajb) par la présence d'héritiers plus prioritaires : par exemple, les frères du défunt n'héritent généralement pas en présence d'un fils. Cette mécanique d'éviction est l'un des aspects les plus techniques de la science des fara'id.
Pour rendre cela tangible, voici deux situations simplifiées (hors prélèvements préalables) :
L'épouse reçoit 1/8. Le reste (7/8) revient aux enfants, le fils recevant une part double de celle de la fille.
L'époux reçoit 1/2, la mère et le père se partagent le reste selon des règles précises (le père en tant qu'agnat, la mère à part fixe). Le calcul exact varie et doit être validé.
La règle selon laquelle, à degré égal, le fils hérite du double de la fille (an-Nisa 4:11) est souvent mal comprise. Elle s'inscrit dans un système global de responsabilités : en islam, l'homme assume des charges financières dont la femme est dispensée — la dot (mahr) versée à l'épouse, l'entretien du foyer (nafaqa), la prise en charge des proches. Le patrimoine de la femme, lui, demeure entièrement le sien, sans obligation de dépense familiale.
Par ailleurs, cette règle du double n'est pas universelle : dans plusieurs configurations, des femmes héritent autant qu'un homme, voire davantage, ou sans équivalent masculin concerné. La lecture caricaturale qui résume tout l'héritage islamique à « la moitié pour les femmes » est inexacte.
C'est le malentendu le plus fréquent. En France, une succession est régie par le droit français, qui repose sur la réserve héréditaire : une part minimale du patrimoine revient obligatoirement aux enfants, quelle que soit la volonté du défunt. Ce mécanisme ne coïncide pas avec les parts des fara'id.
Concrètement, on ne peut pas « imposer » le partage islamique en France par simple déclaration religieuse. En revanche, il est possible, avec l'aide d'un notaire, d'organiser sa succession pour se rapprocher autant que la loi le permet de ses convictions — notamment en utilisant la quotité disponible (la part dont on peut librement disposer) et des outils comme la donation ou l'assurance-vie, dans le respect du cadre légal.
Puisque les fara'id fixent l'essentiel du partage, à quoi sert le testament ? À encadrer ce qui n'est pas déjà attribué : le legs facultatif du tiers en faveur de non-héritiers (une œuvre, une mosquée, une sadaqa jariya), les volontés funéraires, le règlement des dettes et le message moral aux proches.
Rappelons le principe : « pas de legs en faveur d'un héritier » — on ne lègue pas par testament à quelqu'un qui hérite déjà, sauf accord des autres héritiers après le décès. Pour approfondir, consultez notre guide dédié.
Cet article s'appuie sur le Coran (sourate an-Nisa 4:11, 4:12 et 4:176, qui fixent les parts d'héritage) et sur les recueils de hadiths de référence (Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, notamment le hadith d'Ibn 'Abbas sur l'attribution des parts à leurs ayants droit). La science du partage (fara'id) comporte de nombreux cas particuliers ; son application relève d'un savant qualifié, et sa traduction juridique en France, d'un notaire. Ce guide est informatif et ne constitue ni une fatwa ni un conseil juridique personnalisé.
Ce contenu ne remplace pas un testament notarié et n'est pas juridiquement opposable. Pour votre situation personnelle, consultez un notaire et, le cas échéant, un savant qualifié.
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